Story #8 - Le Nebbiolo, au-delà des idées reçues
12 Janvier, 2026 | Alexander Mackh, Co-Fondateur
Le Nebbiolo appartient à la seconde catégorie. Le plus souvent, il ne ressemble pas à ce qu’on projette en pensant « Barolo traditionnel ». Non pas moindre — simplement autre. Parfois hors du courant qui, à bas bruit, a redessiné la zone.
À Barolo, le nom n’est pas une réponse. C’est le début d’une conversation — parfois aussi exigeante que gratifiante, à l’image de la Bourgogne.
Alors, qu’est-ce que le Nebbiolo devrait être ?

A mes yeux, le Nebbiolo est un cépage rouge d’élégance. Ni lourd de pied. Ni tonitruant. J'y cherche des angles arrondis, un parfum aérien, une précision tranquille — cette même finesse qui rend la grande Bourgogne si captivante. Le Nebbiolo peut être intense, mais jamais brutal.
Ce grand et délicieux Nebbiolo ne se cantonne pas aux frontières des appellations de Barolo et Barbaresco. C’est là que le Langhe Nebbiolo devient l’une des portes d’entrée les plus convaincantes. Souvent plus accessible : pensé pour être bu plus tôt, élevé avec moins de bois, libéré de l’idée qu’il faudrait le « mériter » avant d’ouvrir la bouteille. Dans ses meilleures versions, il livre le parfum et la ligne du Nebbiolo, avec un cadre plus léger — un rouge de pur plaisir, pour un moment simple, sans en faire une cérémonie.
Le chais à barriques attire souvent plus d’attention qu’elle n’en mérite. Nous aimons les catégories simples : Barolo « traditionnel » égale grandes botti ; Barolo « moderne » est synonyme barriques de 228 L. Mais ce raccourci manque l’essentiel : la vraie philosophie du Nebbiolo commence à la vigne. Densités plus élevées, rendements plus faibles, viticulture plus propre, précision accrue : bien des choix qualifiés de « modernes » sont arrêtés longtemps avant qu’un fût ne soit choisi. Une fois le travail de la vigne cohérent, le bois n’est plus un étendard idéologique, mais un outil. Une barrique n’est pas automatiquement « moderne », une botte n’est pas automatiquement « traditionnelle ». Ce qui compte, c’est que les choix de cave sont dans la continuité de ceux de la vigne — que le bois serve le fruit, et non l’inverse.
L’expérience de dégustation
On décrit souvent Barolo comme inflexible : structuré, tannique, uniquement bâti pour la patience. Oui — il peut l’être. Mais dès lors qu’on mesure ce qui se décide à la vigne et la façon dont la cave en porte l’écho, on comprend que l’expérience de Barolo n’est pas figée. Elle se choisit.
La typicité du Nebbiolo doit être préservée : tanins marqués, acidité présente, cette tension intérieure si reconnaissable. Ces traits ne doivent tout de même pas être poussés jusqu’à dominer le vin — au point que tanin et acidité débordent et transforment la dégustation en effort. Quand tout s’accorde — viticulture, intention, élevage — le Barolo peut être à la fois de garde et généreux ; intense, sans punir. Et même si l’on choisit d’ouvrir la bouteille jeune, cela ne devrait pas être une concession. Si la vigne et la cave sont cohérentes, le vin peut offrir très tôt une belle expérience : claire, équilibrée, complète ; la structure présente mais intégrée — non pas l’affiche, seulement une partie de l’harmonie.
C’est pourquoi les attentes doivent être posées d’emblée. Si vous voulez boire du Nebbiolo aujourd’hui, le choix le plus honnête est souvent un Langhe Nebbiolo — idéalement chez un producteur de Barolo : vous avez le cépage et la main, sans le poids d’un vin bâti pour le temps. Et si vous venez de la Bourgogne et réclamez un « Barolo aujourd’hui », je regarderais souvent de l’autre côté : un Langhe Nebbiolo d’un producteur de Barbaresco peut livrer ce parfum enlevé et cette ligne avec davantage d’aisance et d’immédiateté.
Quand la référence monte — quand vous raisonnez en sites plus élevés, l’équivalent d’un premier cru en Bourgogne — alors un Barolo communal ou un Barolo parcellaire devient la comparaison plus juste. Non parce qu’il serait automatiquement « meilleur », mais parce que l’ambition, la structure et la profondeur se rapprochent de ce à quoi vous le mesurez.
Ainsi, la question n’est pas « moderne » contre « classique ». La question est : qui est derrière les décisions — à la vigne, à la cave, et dans le choix du moment de mise en marché — et pose-t-il les attentes avec justesse ? Car avec le Nebbiolo, les grands producteurs ne vendent pas une catégorie. Ils vendent la clarté.